Stéfania Costa, éducatrice spécialisée aux PEP 09, intervient auprès des jeunes bénéficiant d’une mesure d’assistance éducative en milieu ouvert (AEMO R) et de leurs familles. Ces mesures sont mises en œuvre par le service dédié rattaché au pôle Protection de l’Enfance de l’association.
Convaincue des liens bienfaisants qui peuvent se nouer entre l’animal et l’humain, Stéphania s’est intéréssée à la médiation animale. Elle nous raconte comment et pourquoi, elle a choisi de se former à la médiation canine qu’elle utilise dans sa pratique professionnelle…
La médiation animale, c’est quoi ?
La médiation animale consiste à associer des animaux aux actions d’accompagnement social, éducatif ou thérapeutique afin d’améliorer le bien-être des personnes fragilisées.

Fondée sur les effets positifs du lien entre l’humain et l’animal, elle peut aider différents publics : enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap ou confrontées à des difficultés sociales.
Le chien est l’animal le plus utilisé, suivi du cheval, de l’âne et de petits animaux domestiques, car leur proximité avec l’humain favorise la relation et la communication.
Dans l’optique de développer et/ou faire connaître cette approche, j’ai décidé d’organiser des visites dans des fermes pédagogiques dans les alentours de Foix, afin de partager ces moments avec les personnes que j’accompagne.
Ma pratique de médiation canine
Diplômée éducatrice spécialisée depuis 2022 et enrichie de mes expériences professionnelles et bénévoles précédentes, j’ai décidé d’enrichir ma pratique avec une formation pour devenir praticienne en médiation canine.
En effet, le chien a toujours été un animal proche, ressource dans mon entourage, familial comme amical. Sa loyauté, son non jugement et son amour inconditionnel m’ont toujours impressionnée et m’ont permis de me rapprocher de cette espèce animale. La médiation canine est un véritable outil de travail et “d’empowerment” des personnes accompagnées.
À la suite de ma formation initiale, je me suis spécialisée dans la médiation canine en réalisant une formation professionnalisante qui s’est déroulée durant une année à l’Institut du Travail Social Erasme, à Toulouse. J’ai désiré associer mes compétences d’éducatrice spécialisée et celles de praticienne de médiation canine dans l’optique de proposer un travail de proximité avec les publics accompagnés.
C’est ainsi que j’ai adopté ma chienne Zola au refuge associatif Capucine, basé à Cazères (31), proche de Toulouse. Elle avait quatre mois environ et une vie de maltraitance et d’abandon qui l’avait déjà marquée depuis sa naissance.
De plus, son croisement (Staffie) était pour moi un défi dans la déconstruction des imaginaires et représentations communes, souvent faussées, car considéré comme une race agressive, un chien « d’attaque » auquel on ne peut pas faire confiance et qui est donc rejeté, même si cela n’entre pas dans les chiens dit de catégorie 1 ou 2.

Zola, un support dans mes accompagnements

Zola a commencé à intervenir avec moi quand je travaillais dans un CHRS ( centre d’hebergement et de réinsertion sociale) mixte axé sur un projet alternatif des personnes ayant un long parcours de rue et d’exclusion sociale. Cette exclusion est souvent subie par les personnes accompagnées en CHRS, car le stigmate de l’errance, les consommations et la présupposée maltraitance animale sont souvent vécues comme des motifs de rejet de la société dite ordinaire.
J’ai eu l’occasion d’expérimenter la mise en place d’un projet de médiation canine dans ce contexte et j’estime que la présence de ma chienne a été un outil de médiation entre moi et les personnes accompagnées. J’ai pu observer des effets bénéfiques et apaisants sur la relation éducative proposée et j’estime qu’elle a su faire médiation là où moi, avec mes mots je n’y arrivais plus.
En effet, le chien utilise une forme de communication « analogique » c’est-à-dire non verbale, elle laisse plus de place aux ressentis, aux émotions. En revanche, la communication humaine est plutôt « digitale » donc verbale et se limite davantage à la description des faits, elle transmet une information spécifique. Or, ce qui était vraiment important dans mes accompagnements c’était de faire parler ces émotions et de leur reconnaitre une place, même si aux yeux de la société, elles étaient perçues comme « trop débordantes ». Zola a donc facilité tout cela en faisant binôme avec moi-même. Sa présence provoquait de l’apaisement dans les moments difficiles et m’a aidé à établir un lien de proximité avec les résident·e·s.
Grâce aux compétences acquises en matière d’éducation et de bien-être humain-animal, je tente de mettre en place des activités pouvant aider les personnes accompagnées à s’apaiser, à (re)prendre goût à la vie et à (se) faire confiance. C’est dans cette quête de confiance à autrui que le chien, peut être, selon moi, un soutien pour la personnes fragilisée et/ou isolée.
Notre travail en Ariège
À la suite des expériences professionnelles précédentes, je souhaitais poursuivre cette médiation dans mes futurs emplois en proposant des ateliers et/ou des sorties éducatives en sa présence avec les personnes qui le souhaiteraient.
À la fin de mon dernier contrat en CHRS à Toulouse j’ai décidé de déménager en Ariège pour me rapprocher d’un cadre plus naturel et apaisant pour moi-même et pour ma chienne.
J’ai donc emménagé sur les hauteurs de Foix durant l’été et j’ai commencé à travailler en AEMO R auprès des PEP09 au mois de novembre 2025.
Dans mon travail actuel en protection de l’enfance, j’estime que la présence de ma chienne a aussi aidé dans l’alliance avec certaines familles accompagnées afin qu’elles puissent (re) prendre une position d’acteur.trice.s dans leur positionnement parental et dans l’affirmation de leur pouvoir d’agir, ainsi que dans celui de leurs enfants.
Afin de mettre en place la médiation canine au sein du service, j’ai pu m’appuyer sur le cadre naturel de l’Ariège et Zola, en proposant des randonnées avec les familles qui le souhaitent. En effet, des études rapportent qu’une heure de marche est associée à une diminution significative de l’activité de l’amygdale, la zone du cerveau impliquée dans la réponse au stress. Etant donné notre cadre d’intervention assez stressant au premier abord avec les familles accompagnées, j’estime que le fait de pouvoir intervenir avec ma chienne peut faciliter cette diminution de stress et travailler ainsi de manière plus sereine et dans la co-construction.

En conclusion, je serais intéressée de proposer la médiation canine au sein d’autres services des PEP09, si besoin, où d’échanger avec d’autres professionnel·le·s sur cette pratique qui me tient à cœur et qui me permet de me construire en tant que professionnelle et d’ajuster mon positionnement.
Stéfania Costa, éducatrice spécialisée aux PEP 09



